vendredi 12 octobre 2007

michael PRUDHOMME : Recueil des citations latines


Recueil des citations latines de l'Antiquité. Ovide, Virgile, Petrarque, Catulle, Sénèque, Lucrèce, Ennius, Plutarque, Lucain, Cicéron, Horace, Martial, Pacuvius, Properce, Claudien, Tite-Live, Euripide, Juvénal, Perse, Diogène, Térence, Tibulle, Homère. Avec ces auteurs fameux, c'est une vraie leçon de sagesse à méditer tous les jours de sa vie.

JULES VERNE : Les tribulations d'un chinois en Chine


«Il faut pourtant convenir que la vie a du bon! s’écria l’un des convives, accoudé sur le bras de son siège à dossier de marbre, en grignotant une racine de nénuphar au sucre. - Et du mauvais aussi! répondit, entre deux quintes de toux, un autre, que le piquant d’un délicat aileron de requin avait failli étrangler! - Soyons philosophes! dit alors un personnage plus âgé, dont le nez supportait une énorme paire de lunettes à larges verres, montées sur tiges de bois. Aujourd’hui, on risque de s’étrangler, et demain tout passe comme passent les suaves gorgées de ce nectar! C’est la vie, après tout! » Et cela dit, cet épicurien, d’humeur accommodante, avala un verre d’un excellent vin tiède, dont la légère vapeur s’échappait lentement d’une théière de métal

JULES VERNE : Le tour du monde en quatre-vingts jours


En l'année 1872, la maison portant le numéro 7 de Savillerow, Burlington Gardens - maison dans laquelle Sheridan mourut en 1814, était habitée par Phileas Fogg, esq., l'un des membres les plus singuliers et les plus remarqués du Reform-Club de Londres, bien qu'il semblât prendre à tâche de ne rien faire qui pût attirer l'attention. A l'un des plus grands orateurs qui honorent l'Angleterre, succédait donc ce Phileas Fogg, personnage énigmatique, dont on ne savait rien, sinon que c'était un fort galant homme et l'un des plus beaux gentlemen de la haute société anglaise.

JULES VERNE : De la terre à la lune


Mais ces vaillants artilleurs n'y regardaient pas de si près, et ils se sentaient fiers à bon droit, quand le bulletin d'une bataille relevait un nombre de victimes décuple de la quantité de projectiles dépensés. Un jour, pourtant, triste et lamentable jour, la paix fut signée par les survivants de la guerre, les détonations cessèrent peu à peu, les mortiers se turent, les obusiers muselés pour longtemps et les canons, la tête basse, rentrèrent aux arsenaux, les boulets s'empilèrent dans les parcs, les souvenirs sanglants s'effacèrent, les cotonniers poussèrent magnifiquement sur les champs largement engraissés, les vêtements de deuil achevèrent de s'user avec les douleurs, et le Gun-Club demeura plongé dans un désoeuvrement profond

STENDHAL : Le rouge et le noir


La petite ville de Verrières peut passer pour l'une des plus jolies de la Franche-Comté. Ses maisons blanches avec leurs toits pointus de tuiles rouges s'étendent sur la pente d'une colline, dont des touffes de vigoureux châtaigniers marquent les moindres sinuosités. Le Doubs coule à quelques centaines de pieds au-dessous de ses fortifications, bâties jadis par les Espagnols, et maintenant ruinées.

JULES VERNE : Le château des Carpathes


Cette histoire n'est pas fantastique, elle n'est que romanesque. Faut-il en conclure qu'elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance? Ce serait une erreur. Nous sommes d'un temps où tout arrive - on a presque le droit de dire où tout est arrivé. Si notre récit n'est point vraisemblable aujourd'hui, il peut l'être demain, grâce aux ressources scientifiques qui sont le lot de l'avenir, et personne ne s'aviserait de le mettre au rang des légendes. D'ailleurs, il ne se crée plus de légendes au déclin de ce pratique et positif XIXe siècle, ni en Bretagne, la contrée des farouches korrigans, ni en Ecosse, la terre des brownies et des gnomes, ni en Norvège, la patrie des ases, des elfes, des sylphes et des valkyries, ni même en Transylvanie, où le cadre des Carpathes se prête si naturellement à toutes les évocations psychagogiques.

STENDHAL : Armance


Une femme d'esprit, qui n'a pas des idées bien arrêtées sur les mérites littéraires, m'a prisé, moi indigne, de corriger le style de ce roman. Je suis loin d'adopter certains sentiments politiques qui semblent mêlés à la narration; voilà ce que j'avais besoin de dire au lecteur. L'aimable auteur et moi nous pensons d'une manière opposée sur bien des choses, mais nous avons également en horreur ce qu'on appelle des applications. On fait à Londres des romans très piquants: Vivian Grey, Almak's High Life, Matilda, etc., qui ont besoin d'une clé. Ce sont des caricatures fort plaisantes contre des personnes que les hasards de la naissance ou de la fortune ont placées dans une position qu'on envie.

JULES VERNE : 20 000 lieues sous les mers


L'année 1866 fut marquée par un événement bizarre, un phénomène inexpliqué et inexplicable que personne n'a sans doute oublié. Sans parler des rumeurs qui agitaient les populations des ports et surexcitaient l'esprit public à l'intérieur des continents les gens de mer furent particulièrement émus. Les négociants, armateurs, capitaines de navires, skippers et masters de l'Europe et de l'Amérique, officiers des marines militaires de tous pays, et, après eux, les gouvernements des divers États des deux continents, se préoccupèrent de ce fait au plus haut point. En effet, depuis quelque temps, plusieurs navires s'étaient rencontrés sur mer avec "une chose énorme", un objet long, fusiforme, parfois phosphorescent, infiniment plus vaste et plus rapide qu'une baleine.

ALEXANDRE DUMAS : La dame aux camélias


Mon avis est qu'on ne peut créer des personnages que lorsque l'on a beaucoup étudié les hommes, comme on ne peut parler une langue qu'à la condition de l'avoir sérieusement apprise. N'ayant pas encore l'âge où l'on invente, je me contente de raconter. J'engage donc le lecteur à être convaincu de la réalité de cette histoire dont tous les personnages, à l'exception de l'héroïne, vivent encore. D'ailleurs, il y a à Paris des témoins de la plupart des faits que je recueille ici, et qui pourraient les confirmer, si mon témoignage ne suffisait pas. Par une circonstance particulière, seul je pouvais les écrire, car seul j'ai été le confident des derniers détails sans lesquels il eût été impossible de faire un récit intéressant et complet. Or, voici comment ces détails sont parvenus à ma connaissance.

ALEXANDRE DUMAS : Les trois mousquetaires


Le premier lundi du mois d'avril 1625, le bourg de Meung, où naquit l'auteur du Roman de la Rose, semblait être dans une révolution aussi entière que si les huguenots en fussent venus faire une seconde Rochelle. Plusieurs bourgeois, voyant s'enfuir les femmes du côté de la Grande-Rue, entendant les enfants crier sur le seuil des portes, se hâtaient d'endosser la cuirasse et, appuyant leur contenance quelque peu incertaine d'un mousquet ou d'une pertuisane, se dirigeaient vers l'hôtellerie du Franc Meunier, devant laquelle s'empressait, en grossissant de minute en minute, un groupe compact, bruyant et plein de curiosité.

ALEXANDRE DUMAS : Les mille et un fantômes


A M. Mon cher ami, vous m’avez dit souvent, au milieu de ces soirées, devenues trop rares, où chacun bavarde à loisir, ou disant le rêve de son coeur, ou suivant le caprice de son esprit, ou gaspillant le trésor de ses souvenirs; vous m’avez dit souvent que, depuis Scheherazade et après Nodier, j’étais un des plus amusants conteurs que vous eussiez entendus. Voilà aujourd’hui que vous m’écrivez qu’en attendant un long roman de moi, vous savez, un de ces romans interminables comme j’en écris, et dans lesquels je fais entrer tout un siècle, vous voudriez bien quelques contes, deux, quatre ou six volumes tout au plus, pauvres fleurs de mon jardin, que vous comptez jeter au milieu des préoccupations politiques du moment, entre le procès de Bourges, par exemple, et les élections du mois de mai.

ALEXANDRE DUMAS : Une année à Florence


J'étais à Marseille depuis huit jours, et j'y attendais avec d'autant plus de patience le moment de mon départ, que j'avais l'hôtel d'orient pour caravansérail et Méry pour cicérone. Un matin Méry entra plus tôt que d'habitude. – Mon cher, me dit-il, félicitez-nous, nous avons un lac. – Comment, lui demandai-je en me frottant les yeux, vous avez un lac? – La Provence avait des montagnes, la Provence avait des fleuves, la Provence avait des ports de mer, des arcs de triomphe anciens et modernes, la bouillabaisse, les clovis et l'aïoli; mais que voulez- vous, elle n'avait pas de lac: Dieu a voulu que la Provence fût complète, il lui a envoyé un lac.

VICTOR HUGO : Notre Dame de Paris


Le prêtre que les jeunes filles avaient remarqué au haut de la tour septentrionale penché sur la place et si attentif à la danse de la bohémienne, c'était en effet l'archidiacre Claude Frollo. Nos lecteurs n'ont pas oublié la cellule mystérieuse que l'archidiacre s'était réservée dans cette tour. (Je ne sais, pour le dire en passant, si ce n'est pas la même dont on peut voir encore aujourd'hui l'intérieur par une petite lucarne carrée, ouverte au levant à hauteur d'homme, sur la plate-forme d'où s'élancent les tours : un bouge, à présent nu, vide et délabré, dont les murs mal plâtrés sont ornés çà et là, à l'heure qu'il est, de quelques méchantes gravures jaunes représentant des façades de cathédrales.

VICTOR HUGO : L'Ane


Mais tu brûles! Prends garde, esprit! Parmi les hommes, Pour nous guider, ingrats ténébreux que nous sommes, Ta flamme te dévore, et l’on peut mesurer Combien de temps tu vas sur la terre durer. La vie en notre nuit n’est pas inépuisable. Quand nos mains plusieurs fois ont retourné le sable Et remonté l’horloge, et que devant nos yeux L’ombre et l’aurore ont pris possession des cieux Tour à tour, et pendant un certain nombre d’heures, Il faut finir. Prends garde, il faudra que tu meures.

EMILE ZOLA : Nana


A neuf heures, la salle du théâtre des Variétés était encore vide. Quelques personnes, au balcon et à l’orchestre, attendaient, perdues parmi les fauteuils de velours grenat, dans le petit jour du lustre à demi-feux. Une ombre noyait la grande tache rouge du rideau; et pas un bruit ne venait de la scène, la rampe éreinte, les pupitres des musiciens débandés. En haut seulement, à la troisième galerie, autour de la rotonde du plafond ou des femmes et des enfants nus prenaient leur volée dans un ciel verdi par le gaz, des appels et des rires sortaient d’un brouhaha continu de voix, des têtes coiffées de bonnets et de casquettes s’étageaient sous les larges baies rondes, encadrées d’or. Par moments, une ouvreuse se montrait, affairée, des coupons à la main, poussant devant elle un monsieur et une dame qui s’asseyaient, l’homme en habit, la femme mince et cambrée, promenant un lent regard.

EMILE ZOLA : Germinal


Dans la plaine rase, sous la nuit sans étoiles, d'une obscurité et d'une épaisseur d'encre, un homme suivait seul la grande route de Marchiennes à Montsou, dix kilomètres de pavé coupant tout droit, à travers les champs de betteraves. Devant lui, il ne voyait même pas le sol noir, et il n'avait la sensation de l'immense horizon plat que par les souffles du vent de mars, des rafales larges comme sur une mer, glacées d'avoir balayé des lieues de marais et de terres nues. Aucune ombre d'arbre ne tachait le ciel, le pavé se déroulait avec la rectitude d'une jetée, au milieu de l'embrun aveuglant des ténèbres.

VICTOR HUGO : Les châtiments


Flairant dans l'ombre les escrocs, Le dogue Liberté gronde et montre ses crocs ; Quoique mis par Carlier à la chaîne, il aboie ; N'attends pas plus longtemps ! c'est l'heure de la proie. Vois, décembre épaissit son brouillard le plus noir. Comme un baron voleur qui sort de son manoir, Surprends, brusque assaillant, l'ennemi que tu cernes. Debout ! les régiments sont là dans les casernes, Sac au dos, abrutis de vin et de fureur, N'attendant qu'un bandit pour faire un empereur. Mets ta main sur ta lampe et viens d'un pas oblique ; Prends ton couteau, l'instant est bon ; la République, Confiante, et sans voir tes yeux sombres briller, Dort, avec ton serment, prince, pour oreiller.

EMILE ZOLA : Au bonheur des dames



Denise était venue à pied de la gare Saint-Lazare, où un train de Cherbourg l’avait débarquée avec ses deux frères, après une nuit passée sur la dure banquette d’un wagon de troisième classe. Elle tenait par la main Pépé, et Jean la suivait, tous les trois brisés du voyage, effarés et perdus, au milieu du vaste Paris, le nez levé sur les maisons, demandant à chaque carrefour la rue de la Michodière, dans laquelle leur oncle Baudu demeurait. Mais, comme elle débouchait enfin sur la place Gaillon, la jeune fille s’arrêta net de surprise.